Lettre Au Pape 5/6

  • Francis
  • 21 février 2026
  • Langue source: Anglais

Cette lettre fait partie d’une série : 1/6 · 2/6 · 3/6 · 4/6 · 5/6 · 6/6

Après un an de correspondance, de propositions et de tentatives de préparer une évaluation significative pour notre rencontre prévue à Rome, j’ai ressenti le besoin d’aborder la situation directement. Les précédents « bulletins scolaires » avaient produit peu de progrès tangibles, et la communication avec les évêques belges était devenue de plus en plus frustrante.

Dans cette lettre, je présente l’évaluation finale de cette année d’efforts, à nouveau basée sur les quatre critères précédemment définis. Malgré des contacts répétés et des propositions concrètes, je n’ai pu identifier aucune amélioration significative. Le score est donc tombé à zéro.

La lettre pose également une question fondamentale au nouveau Pape : s’il entend poursuivre l’engagement de son prédécesseur envers les victimes ou laisser la situation stagner, et se termine par un appel à l’action concrète.

Aujourd’hui, écrivant ceci quelques mois après avoir rencontré le Pape Léon, je crois que la réponse est devenue claire. En séparant Tutela Minorum du Dicastère pour la Doctrine de la Foi et en déclarant à plusieurs reprises qu’il doit défendre ses prêtres, il a effectivement fait un pas en arrière par rapport à l’unité que le Pape François avait tenté d’établir.

Toutes les lettres ont été transmises par courrier diplomatique via la Nonciature.

Lisez la lettre intégrale ci-dessous. Cette lettre a également été publiée dans La Libre Belgique.

Votre Sainteté,

Je suis l’un des 15 survivants d’abus sexuels qui ont rencontré le Pape François lors de sa visite en Belgique en septembre 2024. À cette occasion, il a écouté nos témoignages avec une grande humanité et humilité. Il a exprimé son souhait de nous revoir à la Cité du Vatican pour évaluer les progrès de l’Église belge.

Cela a donné de l’espoir à notre groupe de 15, et j’ai proposé au Pape François un « bulletin scolaire » périodique pour évaluer comment son Église en Belgique transforme les bonnes intentions en actes. Un peu ironique, mais qui ne tente rien n’a rien ! Le 31 octobre, le Pape François a répondu que « aucun effort ne sera épargné pour s’assurer que les promesses faites continueront à être traduites en actions concrètes. »

Au cours de l’année écoulée, j’ai rédigé ces bulletins scolaires à l’attention du Saint-Siège, évaluant les actions de l’Église sur 4 points :

  • Offrir une meilleure assistance pour le traitement psycho-médical des victimes.
  • Offrir de meilleures compensations financières aux victimes.
  • Punir les auteurs d’abus ainsi que ceux qui couvrent ces actes.
  • Offrir une ligne de contact directe via la Nonciature si nécessaire.

Obtenir des « points » était facile. Un seul euro pour les soins aux traumatismes ou une augmentation des compensations aurait suffi. Malheureusement, votre Église n’obtient pas la moyenne.

Votre prédécesseur avait obtenu un point (1/4) grâce à sa communication via la Nonciature. Je dois maintenant retirer ce point au Saint-Siège : votre score final est de 0/4.

Depuis le décès de votre prédécesseur, il a fallu plus de vingt-quatre tentatives pour fixer une date pour notre visite à Rome avant de finalement recevoir une réponse. Au cours de l’année écoulée, nous avons contacté vos évêques au moins 14 fois (par e-mail, réunions et courriers) concernant le contenu des mesures de l’Église. Ce style de communication n’inspire pas confiance.

Nous avons proposé un budget mensuel forfaitaire pour les soins aux traumatismes et une augmentation forfaitaire des règlements à l’amiable pour traiter les points 1 et 2 de votre bulletin. Nos propositions étaient conformes au consensus scientifique et aux recommandations parlementaires établies. Pourtant, nous n’avons reçu aucun retour, même pas lors de leur présentation à Mgr. Terlinden et Mgr. Herrera.

Après un an de travail, je ne peux que conclure que vos évêques en Belgique sont clairement coupables de négligence volontaire, et que quiconque coopère en silence avec votre institution en est complice.

Dans son autobiographie1, en parlant de notre rencontre2 de septembre 2024, le Pape François a écrit : « Les victimes doivent savoir que le pape est à leurs côtés. Et sur ce point, il ne fera pas un seul pas en arrière. »3

Saint-Père, aujourd’hui je dois vous poser cette question avec tout le poids de ces mots : êtes-vous à nos côtés ?

Vous avez dit vouloir poursuivre la voie tracée par le Pape François en matière d’abus sexuels. Ou ferez-vous un pas en arrière ? Si non, alors je vous le demande : pressez vos évêques belges d’agir dans l’urgence. L’espoir des victimes en dépend.

Par-dessus tout, répondez-nous par des actes, pas par des mots.

J’attends avec impatience notre rencontre à Rome et j’espère vous apporter de meilleures nouvelles, bien que le scepticisme demeure. La confiance est fragile et seuls les actes peuvent la restaurer.

Avec respect et espoir, Francis, Jean-Marc, Lieve, Koenraad, Jean-Luc, Chantal, Aline, Anne-Sophie, Pierre, Jan + 2 survivants qui préfèrent rester anonymes


  1. Citation de : François, Pape. Hope: The Autobiography. Édité par Carlo Musso, traduit par Richard Dixon, Random House, 2025. ↩︎

  2. Anecdote : l’autobiographie du Pape François indique un nombre erroné. Il y avait 15 victimes, et non 17. La confusion vient des deux psychologues présents pour accompagner une rencontre si émouvante que tout le monde a pleuré, du Pape à son garde du corps. Je lui ai posé trois questions. Il a pris le temps d’échanger avec moi sur le célibat, et nous avons convenu de ne pas être d’accord, avec respect. Sur les soins aux traumatismes et le soutien financier, il s’est rangé à nos côtés et l’a affirmé publiquement dans les jours qui ont suivi. Pour cela, je le respecte. ↩︎

  3. Passage complet : « À la nonciature apostolique de Bruxelles, j’ai eu une rencontre privée avec dix-sept victimes abusées par des membres du clergé : pendant deux heures, j’ai écouté les récits de leurs blessures, j’ai exprimé ma peine pour ce qu’ils avaient subi enfants, et ma gratitude pour leur courage aujourd’hui. Je leur ai dit que de tels crimes ne peuvent être prescrits par le temps. Les abuseurs sont clairement responsables, mais un évêque qui sait et ne fait rien l’est aussi. Couvrir ces actes, c’est ajouter la honte à la honte. Les victimes doivent savoir que le pape est à leurs côtés. Et sur ce point, il ne fera pas un seul pas en arrière. » ↩︎